mercredi 4 novembre 2009

Donner aux anes ou aux femmes ?


Je suis récemment tombé sur une statistique étonnante qui m'a fait me poser des questions.
Savez vous que l'organisme britannique Donkey sanctuary récolte plus en levée de fonds que les 3 principaux organismes luttant contre la violence conjugale réunis? Le sanctuaire des anes récolte 20 millions de livres et les organismes contre la violence 17 selon des chiffres de 2006 cités dans cet article du Guardian en Avril 2008.

Les chiffres datent un peu, mais peu importe, le propos est de constater, et de s'interroger, sur de tels écarts. Est-il légitime de donner autant d'argent pour des animaux quand il y a tant d'êtres humains en souffrance? En tant que société, plaçons-nous nos efforts à la bonne place? Devrait-il exister des systèmes pour privilégier tel type de don?

La question n'est jamais posée car la vraie question n'est pas tant de savoir s'il vaut mieux donner aux animaux qu'aux hommes, mais de savoir comment hierarchiser les causes humanitaires et philanthropiques, ce qui est inacceptable.

Poser la question de la hierarchisation des causes est tout simplement impossible en plus d'être déplacé. En effet qui dit hiérarchiser dit aussi jugement de valeur. Devrions-nous calculer le nombre de mort d'une cause avant de nous décider à donner? Non bien sur. Si la souffrance est prise en compte dans le geste du don, les principes le sont tout autant. Même s'il meurt moins de femmes de violence conjugale en Angleterre que de famine en Afrique, la première cause mérite tout autant notre attention et notre soutien que la seconde. Il ne suffit pas d'être deux OSBL pour être comparable.

Par ailleurs ceux qui essaient de hiérarchiser les causes ignorent un principe fondamental de l'économie caritative, c'est la non-transférabilité du don. On ne peut pas demander d'arrêter de donner aux animaux pour donner aux humains, celà ne fonctionne tout simplement pas comme ca. Il n'existe pas de vases communicants entre les causes.

Sans compter que le don aux animaux rejaillit aussi indirectement en bénéfices difficilement calculables sur l'humain. Pour reprendre l'exemple de donkey sanctuary par exemple, ils consacrent une partie de leurs activités aux enfants handicapés, qui créent une relation affective avec les animaux, en vue d'améliorer leur estime de soi et leur développement. L'organisme finance aussi des cliniques vétérinaires pour aider les ânes dans les pays pauvres, ce qui aide autant leurs propriétaires que les bêtes elles-mêmes... Les frontières sont donc très minces entre les causes et leurs bénéfices.

C'est pourquoi on assiste aujourd'hui tout de même à une certaine selection des organismes caritatifs, en concurrence pour leurs opérations de levées de fonds, mais qui se font plus au niveau de leur efficacité. On parle aussi de plus en plus de capitalisme philanthropique, où des financements conséquents sont accordés en fonction du retour sur investissement, des résultats attendus et sur des données telles que le pourcentage affecté à l'administration du don versus celui affecté aux actions de terrain. Nous assistons aussi de plus en plus, du moins de ce coté de l'atlantique, à un mouvement de regroupement (parlerons-nous de fusion?) des organismes caritatifs luttant pour les mêmes causes. Arrêter de travailler en silo est un bon début pour maximiser l'impact du don...

C'est une tendance humaine naturelle que de vouloir hiérarchiser, cataloguer, ou trier, mais dans le domaine du marketing de la cause, c'est tout simplement impossible. Personne n'a le monopole du cœur comme disait quelqu'un... et en l'occurrence personne ne doit l'avoir.

1 commentaire:

Claude P. a dit…

Merci pour ce bel article. J'y apprends le principe de non-transférabilité du don. Et c'est un bel argument contre les "comparateurs" d'associations et fondations qui fleurissent de temps en temps sur la Toile.