lundi 6 août 2007

Les parco-dons


Il s'agit de vieux parcomètres récupérés par la ville de Montréal, mis aux couleurs de l'organisme l'itinéraire, et installés dans les rues de l'arrondissement Ville-Marie avec une affiche (semi) explicative au sol. J'ai d'abord accueilli cette innovation dans la lutte à l'itinérance avec enthousiasme: la cause est louable, l'outil brillant et l'idée vraimment originale. Mais je m'interroge sur l'efficacité de la démarche.

Il se trouve que je passe devant un de ces parco-don tous les matins pour aller au travail, et à force d'observer le comportement des centaines de gens que je vois lui passer devant, j'ai réalisé que cette excellente initiative pourrait être grandement améliorée.

Tout d'abord l'affiche n'explique pas que l'on peut donner, et beaucoup de gens ne semblent pas comprendre pas le lien entre le message au sol et le parcomètre déguisé en borne. J'ai vu beaucoup de gens s'attarder sur le message, mais jamais personne mettre de pièce dans cette machine, ni meme lever les yeux vers elle. Il n'y a ni incitation écrite ni obligation implicite à donner.
J'ai aussi remarqué que ces parco-dons n'étaient pas devant de vraies places de stationnement. Moralité, les automobilistes ne les utilisent pas et les piétons ne les comprennent pas.
C'est vrai, on en a beaucoup parlé (voir ici), et c'est apparement une première mondiale, mais je m'étonne que les communiqués de presse précisent qu'aucun objectif n'ait été fixé pour cette opération. La mesurabilité des objectifs, et donc des résultats, est pourtant une prémisse de toute campagne de marketing social. La ville sait certainement combien ses parcomètres lui rapporte, il y a donc des moyens de comparaison.

L'automobiliste aurait surement été disposé à payer plus cher sa place de parking dans un quartier où garer sa voiture est une lecon de patience. En intégrant ce "don" obligatoire dans son quotidien, il aurait plus facilement accepté le fait de payer son parking. Et si l'affiche était plus précise, plus explicative, plus incitative, plus "call to action" les piétons pourraient AUSSI participer, en donnant juste pour le plaisir de donner.

On nous explique que les bannières internet sur lesquelles sont écrits les mots "cliquez ici" fonctionnent mieux que les autres. Il en va de même pour ce type d'opération de street marketing.

La mairie projette d'éventuellement passer de 20 parco-dons à 80 selon le succés (mesuré comment?) de ces bornes. J'espère me tromper, mais quelque chose me dit que si leur nombre augmente, ce ne sera pas à cause des revenus générés, mais plutot en raison de l'image positive qu'un tel geste peut créer sur celui qui le pose. Sauf si leur nombre augmente en meme temps que changent leurs emplacements. Tous dépends des objectifs...

4 commentaires:

Christian a dit…

Moi aussi je trouve que l'idée est brillante, mais comme vous le dites, il faut faire le lien entre le parcomètre et l'affiche. Il y a place pour l'amélioration.

S.ID a dit…

Cher Sacha,
loin de moi l'idée de vouloir polémiquer mais outre la faible efficacité que tu semble anticiper pour cette campagne, je crois qu'il est important de revenir a la base du geste. Donner a un sans-abri c'est avoir un interaction directe, visuelle, tactile eventuellement, vocale avec un etre humain. interaction qui nous renvoie en "live" un miroir de ce qui pourrait eventuellement nous arriver a tous, donc qui nous touche directement, aux tripes et au porte-monnaie. un "call for action" hyper efficace et une gratification immédiate, un merci, un sourire, un bon voeu...
Mettre de l'argent dans une borne pour eviter de voir ces etres humains dans les rues - car derriere cette generosité municipale, je ne peux m'empecher de voir le cynique desir de lissage et d'aseptisation de la ville- me parait non seulement inefficace mais odieux.

Serge a dit…

Je suis directeur général de L'Itinéraire et je vous remercie de vous intéresser à cette campagne. Quelques mots pour ajouter à vos commentaires, surtout ceux de Sacha. La campagne visait deux objectifs: récolter la monnaie des Montréalais pour financer nos services d'interventions psychosociales auprès des sans-abris, et installer dans le mobilier urbain un élément permettant de rappeler aux citoyens que nous devons agir sur la pauvreté. Au niveau financier, il est vrai que nous n'avions aucune idée de l'impact car on ne peut comparer les montants versés dans un vrai parcomètre à ceux du parco-don. Nous avons tenté l'expérience parce que plusieurs entreprises ont participé bénévolement pour revamper les parcomètres. À l'heure actuel, on reçoit en moyenne 20 $ par jour par parco-don. Le design peut être amélioré mais les gens semblent généralement comprendre de quoi il s'agit s'ils lisent les inscriptions du parco-don. Les parco-dons font aussi partie d'une campagne d'affichage et télé qui durera toute l'année. Il est à noter que les parco-dons ont été placés pour éviter la confusion avec les vrais parcomètres pour éviter des désagréments au grand public. Enfin, je félicite s.id de donner directement aux sans-abri. Mais un projet comme les parco-dons vise justement à permettre aux personnes qui pour toutes sortes de raisons (mais c'est souvent la crainte que le don serve à la consommation de drogues)ne veulent pas donner leur change directement mais à un organisme d'aide sociale. L'Itinéraire développe donc de tels concepts pour eux, comme nos cartes-repas (voir notre site itineraire.ca) et des concepts d'aide directe comme les camelots du magazine L'Itinéraire. Les parco-dons, c'est une autre façon d'aider et de conscientiser directement dans la rue.

Sacha a dit…

Merci Serge de participer au débat, et félicitations pour vos extraordinaires résultats. J'aime beaucoup cette idée des parco-dons et je suis heureux de voir qu'elle atteint de tels succés: 20 parco-dons à 20$ par jours, ca nous donne 144,000$/an, on peut parler de grand succés. Bravo.
Sacha

PS: Le concept me plait tellement que j'ai écrit un autre billet sur la question ici: http://fontainedepierres.blogspot.com/2008/01/efficaces-les-parco-dons.html