mercredi 19 septembre 2007

Donald Rumsfeld, un philanthrope?


Donald Rumsfeld, l'ancien ministre de la défense de Georges Bush, tellement décrié pour son implication dans la guerre en Irak, éclaboussé par l'affaire Abou Ghraib et démissionnaire après la défaite de son parti aux élections législatives, s'est retiré des affaires en Novembre 2006.

Il vient d'annoncer la création de la Fondation Rumsfeld pour encourager la fonction publique.
Selon cet article du Washington Post, la Fondation (la deuxième de la famille Rumsfeld) aura pour but d'encourager un débat raisonné (!) sur les grands thèmes de société. Elle attribuera des bourses d'études pour inciter les jeunes à choisir la carrière de la fonction publique gouvernementale.
Dans un deuxième temps, la Fondation se lancera dans un domaine à la mode: le micro-crédit pour des entreprises de certains pays en voix de développement de l'asie centrale, une région ou les intérêts américains seraient sous-représentés... C'est à se demander à qui profitera vraiment la création d'une telle fondation...

Cette annonce illustre à merveille l'un des problèmes majeurs de la philanthropie américaine moderne: la multiplication des acteurs et donc la dissémination des efforts financiers autour d'une même cause. Investir les sommes allouées dans cette nouvelle fondation à la création d'une chaire universitaire aurait probablement eu de meilleurs résultats sur l'éducation. Mais le contrôle aurait été moins grand... Et la philanthropie dans tout ca?

lundi 17 septembre 2007

Dépistage du cancer

Voici un spot pour le dépistage du cancer. Clarté, simplicité, call to action. Tout est là. Bravo!
Pas de texte superflu expliquant le pourquoi du comment, pas d'image terrifiante non plus, seulement une idée forte, évocatrice de la progression de la maladie et de l'intérêt d'agir vite.

Crédits:
Agence Pragma DDB Lima, Peru, via kickbadhabits.com

samedi 15 septembre 2007

L'état de la philanthropie américaine: quelques chiffres

Selon une étude publiée en juin dernier par The Giving USA Foundation, aux États Unis, en 2006, la philanthropie représentait 295 milliards de dollars de dons, soit prés de 12 milliards de plus qu'en 2005, une augmenattion de 4,5%.
Ce montant extraordinaire est distribué par 1,4 millions d'oraganismes caritatifs et religieux à travers le pays. L'étude précise que 65% des ménages gagnant moins de 100,000$ par an donnent à un organisme. C'est plus que le pourcentage de gens se déplacant aux élections!
Un analyste présise dans ce rapport que la tendance veut que l'état du don aux Etats Unis grossisse au rythme du tiers de la croissance du marché. La bourse américaine a augmenté de 10% en 2006, et le don de 3,2% si l'on tient compte de l'inflation et des dons extraordinaire (comme le 1,7 milliard de Warren Buffet par exemple).
Par ailleurs, le rapport stipule que la plus grande part de ce total (76%) provient des dons individuels. Les Fondations quant à elles, ont donné 36 milliard, une hausse de 12%, justifiée en grande partie par les résultats de la bourse. Enfin les compagnies privées ont contribué à hauteur de 12 milliards, un résulat en baisse de 12%, mais qui ne semble pas refléter une tendance lourde car en 2005 une large part de leur don fut attribuée aux grandes catastrophes naturelles telles que Katrina...

Avec de tels montant en jeu, on comprend que l'on puisse désormais parler d'une industrie de la philanthropie. On comprend aussi que de plus en plus, les gouvernements soient tentés de légiférer sur ces sommes, ou du moins de faire en sorte qu'elles ne leur échappent pas totalement. On comprend aussi pourquoi les donateurs exigent des résultats de plus en plus tangibles. Le nombre d'organismes caritatifs agmentant constamment, la loi du marché va s'appliquer et le donateur choisira de donner à qui aura la réputation d'employer ses dollars de la manière la plus efficace et la plus transparente. Voilà pourquoi les campagnes sociétales se doivent de faire bien plus que de simplement toucher émotivement leur cible. Elle doivent parvenir à créer des changements de comportements, ou à atteindre des objectifs mesurables et quantifiables.
Pour le bien des donateurs et leur fournir une meilleure information, un site américain comme Charity navigator évalue les différents organismes et leur donne une note. Le succés d'un tel site démontre que la pression monte actuellement de plus en plus sur cette nouvelle industrie...

mercredi 12 septembre 2007

Caricature de la philanthropie moderne


Les Doonesbury sont aujourd'hui aussi célèbres dans nos journaux que les Charlie Brown & Snoopy d'il y a quelques années. Ils dépeignent une société actuelle caricaturale avec humour et une pointe de cynisme.
Cette semaine, ils mettent en scène une vision ultra-moderne (et pourtant bien réelle) de la philanthropie. C'est un peu la philanthropie de la geek-generation: celle avec laquelle les professionnels du marketing doivent compter s'il veulent maximiser leurs campagnes... et donner une raison de plus aux médias traditionnels d'en parler. Dans quelques temps, ce sera le tour de la philanthropie sur Facebook d'etre caricaturée par Doonesbury...

lundi 10 septembre 2007

Encore 1 million de morts cette année

De quoi parlons-nous? D'une nouvelle épidémie? D'un conflit lointain?
Non non, juste de suicide! Aujourd'hui 10 septembre, c'est la journée mondiale de la prévention du suicide sous le patronage de l'OMS.
On en parle peu mais le suicide tue aujourd'hui plus que la guerre. 1 million de morts à travers la planète tous les ans. Ca correspond à prés de 3000 décés par jours, soit un toutes les 30 secondes. En France il s'agit de 200,000 personnes. Au Canada, le suicide est la 3ème cause de décés, avant même le SIDA ou les accidents de la route. Le problème prend toute son ampleur lorsque qu'il est mis en perspective avec celui des tentatives de suicides, qui elles sont 20 fois plus nombreuses...
Et pourtant, en avez-vous entendu parler? Pas de grande campagne dans les médias contrairement aux grandes causes "traditionnelles". Le suicide semble ne pas avoir la cote lorsque l'on évoque les grandes causes sociétales. C'est probablement parceque le groupe cible est beaucoup plus difficile à cerner. Par exemple les chiffres de l'OMS à propos des jeunes de 15 à 24 ans, montrent que le taux de suicide chez les garcons est presque quatre fois plus élevé que chez les filles.
L'association internationale pour la prévention du suicide sort pourtant régulièrement des rapports de sensibiliation et des études donnant les derniers chiffres, et il est clair que la situation empire inexorablement. Même chez les ainés de plus de 85 ans le taux de suicide augmente dangeureusement.
C'est l'un des paradoxes de notre époque moderne. Un e époque où les moyens de communications n'ont jamais été aussi performants mais qui pourtant isolent de plus en plus de gens dans une soufrance qui ne leur laisse plus qu'un seul désir: celui de mort.

A noter l'heureuse initiative de l'OIIQ qui décide de former les infirmières et infirmiers à ce réel problème de santé publique en publiant un guide aidant au dépistage, l'évaluation et l'intervention devant les personnes à risque. Un guide que chacun pourrait lire, disponible ici, pour aider des personnes que l'on pense à risque dans notre entourage.

jeudi 6 septembre 2007

La tendance du shockvertising







Toutes ces images sont des représentantes du shockvertising: la pub qui vous electrocute.
Ces images sont soit violentes, soit grossières, soit outrancièrement sexuelles, mais toujours insoutenables. Elles sont justement faites pour marquer l'imaginaire et faire en sorte que la rétention à la marque soit durable. En général, et c'est là que le bas blesse, elles sont ponctuées d'un "call to action". C'est la raison pour laquelle les campagnes sociétales utilisent souvent cette technique du shockvertising comme dans les campagnes anti tabac par exemple.

Le problème c'est que nous sommes exposés à de plus en plus de violence et à de plus en plus de messages publicitaires dans notre quotidien. Ce type de campagne perd donc peu à peu de son efficacité et surtout de son pouvoir de frapper l'imaginaire. On devient habitué à regarder des horreurs, et le message n'atteint plus sa cible. Seule issue: trouver l'image encore plus taboue et choquante pour se démarquer. C'est ainsi que nous assistons à une escalade dans l'insoutenable, alimenté par ceux-là même qui le combattent.

Dans un monde déjà trop violent, les ONG et autres organisations philanthropiques s'efforcent de distiller davantage de bonheur dans le monde, elles devraient donc être les dernières à utiliser ces techniques d'un autre age. Cette tendance du shockvertising est de toutes façons arrivée en phase de maturité. Nous en verrons surement encore, mais nous verrons surtout les organisations philanthropiques adopter des attitudes plus positives, donnant conseils, informations et trucs pratiques, parfois même avec humour, à propos des grandes causes qu'ils soutiennent, surtout si ces causes sont déjà populaires. Ces nouvelles campagnes trouveront leur place dans la fontaine de pierre.

Article relié:
Le shockvertising est vraiment mort !

Crédits:
1 - Agence: Venables Bell & Partners, San Francisco, pour Montana Meth project, via adsoftheworld
2 - Agence: Y&R, Philippines, pour Concordia children service, via adsoftheworld.
3 - Azur quit smoking via adsoftheworld
4 - Agence: CLM BBDO, France, pour Act up via adsoftheworld
5 - Agence: TBWA/Paris pour Aides via adsoftheworld

mardi 4 septembre 2007

Comment chacun de nous peut changer le monde?

Cette question est le sous-titre de "Donner", le dernier livre de Bill Clinton, qui sort aujourd'hui dans plusieurs pays du monde, à grand renfort de tapage médiatique.
Le Richard Gere de la charité lance ici un appel général appuyé au don. Son livre fourmille d'exemples de donateurs petits et grands, célèbres ou inconnus, qui chacun à leur manière sont parvenus à changer une petite partie de notre univers. En espérant que le succès de ce livre ne se mesurera pas seulement en ventes, mais également en actions concrètes et qui sait, peut-être même en nouvelles vocations?...

Ce type a été assis des années durant dans le fauteuil de "l'homme le plus puissant du monde" sans pour autant parvenir à le changer positivement ce monde, au contraire pourrait-on même dire en pensant au Rwanda. Le tristement célèbre génocide a eu lieu en 1994, durant son investiture, et il n'a rien su (ou pu?) faire pour l'éviter. L'homme politique subit trop de contraintes pour avoir réellement le champs libre. Par contre l'homme libre (et influent) verra surement son action relayée par les médias du monde entier ainsi que par toutes les personnes de bonne volonté bien au delà des clivages politiques.

Ce livre, et le bruit qui l'entoure, montre aussi et surtout à quel point le don et l'esprit philanthropiques sont à la mode... ce n'est pas ici que nous nous en plaindrons.

jeudi 30 août 2007

L'esthétique au détriment de l'efficacité?

Voici un spot magnifique (cliquer ici). Réalisation parfaite: simple et poétique, sur un air d'opéra de Bellini. C'est un des plus souvent téléchargés sur youtube, c'est dire...
Et pourtant, je ne peux m'empécher de m'interroger sur son efficacité. Va-t-il contribuer à changer le monde? La cause (portant louable) qu'il défend va-t-elle progresser?
Ce genre de spot est-il suffisant quand on sait que les derniers rapports comptent 90 armes pour 100 américains (contre 30 en France ou au Canada)... Une fois que j'ai vu ce spot et que j'ai été touché par son message, je fais quoi?
L'intention est belle, et le résulat un bijou d'esthétique, mais le travail demeure inachevé. Malheureusement...

Crédits: AMV BBDO pour la radio Choice FM de Londres, via ce blog

mercredi 29 août 2007

Une question d'efficacité


Judith Rodin n'est pas exactement une débutante en matière de philanthropie puisqu'elle est la présidente de la Fondation Rockfeller.
Dans une excellente émission sur la philanthropie à voir ici (en anglais), et dont la transcription se trouve ici, elle évoque l'un de mes chevaux de bataille préférés en matière de marketing social et de campagnes sociétales: la mesurabilité et l'efficacité des actions menées.

Elle précise que pour être efficace, il convient de déterminer à l'avance des objectifs mesurables à court et moyen terme. Si mon objectif est d'éliminer la pauvreté dans le monde, je ne pourrai jamais connaitre mes résultats. Par contre si mes objectifs sont mesurables à court terme, non seulement je peux évaluer mes projets, mais je peux également rectifier le tir en cours de route et ainsi éviter de dépenser inutilement. Elle précise encore que le domaine philanthropique est un peu à la traine en ce domaine.
Pourtant les États Unis ont une longueur d'avance sur tous les autres pays en matière philanthropique car ils bénéficient d'une plus longue histoire pour leurs fondations et d'une importante tradition du don. Le secteur philanthropique, qui prend aujourd'hui de l'essor dans tous les autres pays a donc beaucoup à apprendre des américains.
Alors autant réfléchir tout de suite à la mesurabilité de nos opérations avant de lancer des campagnes tapageuses comme je le précisais ici ou dans des posts précédant...

lundi 27 août 2007

Campagne anti-tabac

Texte: Il souffre de tabagisme, son père d'indifférence. Via revolucioncreativa




Crédits: Salt'n Pepper, Dubai, via adblog arabia







Via: adsoftheworld

Dans la lutte au tabagisme, ce sont toujours les mêmes tactiques qui sont utilisées: on veut frapper votre imaginaire pour susciter une réaction. C'est ainsi que la plupart des campagnes, dans toutes les régions du monde, essaient de faire peur, de choquer, par des visuels étonnants ou des phrases qui font réfléchir.
Pour moi ces campagnes publicitaires ont fait leur temps car il leur manque l'essentiel: une efficacité mesurable. Combien de gens auront arrêté de fumer après avoir vu une telle annonce? Probablement pas lourd, et le drame et qu'il est de toutes facons impossible de le savoir puisque la plupart ne renvoient nulle part: ni téléphone ni site web.
Ces annonces répondent à la logique désespérée du message dans la bouteille jetée à la mer: je diffuse mon message en espérant très fort que ca marche. Et l'année d'après j'en envoie un autre... Est-ce efficace?
Le fait que des initiatives différentes, plus incitatives, plus participatives se multiplient et gagnent en popularité, m'incite à penser que l'annonce percutante sera de moins en moins utilisée à l'avenir. A moins qu'elle soit encore plus choquante en montrant par exemple ce qui va arriver vraiment, comme ici, ou l'on voit ce qu'est devenu le VRAI cowboy Marlboro... sans commentaires.
Mais en dehors de rares cas efficaces (mais non mesurables) de conscientisation, le fumeur a surtout besoin d'aide, de soutien, de partager son expérience (et son manque) avec des gens qui le comprennent et des actions telles que le défi j'arrète j'y gagne. La campagne ne gagnera jamais de prix créatif, mais le nombre de participants croit d'année en année.
De plus cette initiative est rassembleuse: de nombreux acteurs de la lutte anti-tabac y participent et la soutiennent, du gouvernement aux labos pharmaceutiques en passant par les hopitaux et les organismes de lutte contre le cancer.
Quand tous les intervenants d'une cause se réunissent autour d'un projet rassembleur, en synergie, c'est là que commencent à apparaitre les changements dans la société. C'est à fédérer les efforts que doit d'abord travailler le philanthrope, de même que celui qui veut faire des campagnes sociétales...